L’année 2018 sera marquée par la nécessité pour l’ensemble des acteurs du système de santé de définir leur stratégie de télémédecine pour se positionner dans un environnement en évolution.

 

L’année 2017 s’est achevée par le vote de la loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS) pour 2018 ouvrant la voie au financement dans le droit commun de la téléconsultation et de la télé-expertise. Cette ouverture aura de nombreux impacts sur la rémunération des professionnels de santé, sur les modèles organisationnels et les parcours de prise en charge des patients, ainsi que pour les modèles économiques des solutions de télémédecine.

De multiples possibilités de financement des activités de télémédecine ont aussi été accordé en 2017. Concernant les dépenses d’investissements, les établissements de santé et médico-sociaux peuvent désormais bénéficier de 28000 € pour initier une pratique de téléconsultation, les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) peuvent prétendre à des subventions à hauteur de 90000 € pour des projets de télémédecine multi-spécialités, et les Maisons de Santé Pluridisciplinaires (MSP) ont la possibilité d’obtenir un financement pour l’abonnement à une plateforme de télémédecine en ophtalmologie. Un pas de plus a par ailleurs été franchi concernant la rémunération des professionnels de santé avec la création de deux actes de télémédecine en EHPAD, et l’extension du programme ETAPES à la télésurveillance du diabète et des prothèses et implants cardiaques.

Ces évolutions sont à prendre en compte dans un cadre renouvelé des politiques de santé publique avec le lancement de la nouvelle stratégie de santé et la définition des nouveaux projets régionaux de santé (PRS). Ces changements sont accompagnés d’un regroupement et d’une restructuration des GCS e-Santé régionaux en GIP dénommés GRADES qui auront le rôle de bras armé des Agences Régionales de Santé (ARS) pour la mise en oeuvre régionale de la stratégie e-santé. Des changements dans l’offre de services ont aussi été initiés en 2017 par les mutuelle avec le début d’une phase d’acquisition et de concentration, comme MNH Group avec Etiam, Accelis et NGI, et VYV (Harmonie Mutuelle – MGEN) avec la plateforme MesDocteurs.

 

Dans ce contexte, il sera nécessaire pour l’ensemble des acteurs de définir leur stratégie de déploiement de la télémédecine en 2018. La question n’est plus de savoir si la télémédecine sera une réalité mais plutôt comment la déployer efficacement au sein des organisations pour améliorer la prise en charge des patients. 

Pour les offreurs de soins, dans le secteur de l’hospitalisation publique et privée, les GHT et les groupes privés devront se positionner sur la structuration et la gradation de leurs services aux patients notamment dans une logique de performance de prise en charge et de recrutement des patients par filière. Dans le médico-social, les groupes devront aussi choisir les modèles d’organisation et de déploiement des usages de télémédecine en fonction de leurs besoins et notamment les solutions techniques à déployer ainsi que les partenariats avec les hôpitaux et les libéraux. Dans le secteur ambulatoire, les problématiques seront différentes car il s’agira principalement de définir la place des activités de télémédecine dans le parcours de santé ambulatoire que ce soit pour les MSP, les médecins libéraux et les pharmaciens, notamment par rapport aux plateformes de téléconseil et de téléconsultations financées par les mutuelles.

Pour les professionnels de santé (PS), l’un des principaux enjeux de l’année sera la négociation conventionnelle à mener avec l’Assurance Maladie qui devrait s’ouvrir le 18 Janvier. En effet, le périmètre et les modalités de financement sont multiples et entièrement à définir car de nombreuses options sont possibles. Les syndicats professionnels devront ainsi définir une stratégie adaptée pour obtenir les financements souhaités. La mise en oeuvre des pratiques de télémédecine par les PS au quotidien devrait être guidée par la Société Française de Télémédecine (SFT), le Ministère de la Santé et la HAS avec la publication de plusieurs documents en cours d’année. Néanmoins, sur le terrain, les médecins auront à se positionner dès le début de l’année sur leur participation au programme de télésurveillance ETAPES que les industriels (notamment Sanofi et AirLiquide) ont déjà commencé à intégrer dans leurs visites. Le renforcement de la formation initiale et continue de l’ensemble des PS sera aussi un enjeu crucial cette année où les Ordres, Sociétés Savantes et associations étudiantes devront se mobiliser. En effet, le succès du D.I.U national de télémédecine ne saurait couvrir l’ensemble des besoins de formation. Il est donc nécessaire de saisir l’opportunité de la forte motivation exprimée par les doyens pour mettre en oeuvre des formations de télémédecine tout au long de la formation, selon les premiers résultats d’une enquête présentée au congrès de la SFT dont les résultats détaillés devraient être présentés en 2018.

Du point des vue des assureurs, l’enjeu sera plutôt d’estimer et d’évaluer le retour sur investissement de la mise à disposition de services de télémédecine aux assurés sur les dépenses de remboursement associées à l’utilisation des services de santé. Pour l’Assurance Maladie, il s’agira de permettre la diffusion des pratiques de télémédecine auprès des PS tout en respectant l’ONDAM, tandis que pour les assureurs privés et mutuelles, il s’agira plutôt de définir les services de télémédecine utilisables par profils d’assurés en fonction de la stratégie globale de groupe.

Quant aux industriels, il est fort probable qu’ils cherchent à développer plus de services de télémédecine, notamment de télésurveillance dans le champ des maladies chroniques, du cancer, et des maladies rares, en procédant à des acquisitions ou des partenariats avec des start-ups développeurs de nouvelles solutions. La structuration du marché des solutions de télémédecine pourrait ainsi s’amplifier avec des fusions et rachats pour consolider, élargir, et mieux déployer les offres. Sur le versant réglementaire, l’entrée en vigueur du RGPD en mai devrait impacter la sécurité des solutions avec des mises à jour nécessaires, tandis que sur le versant technologique, les algorithmes, l’intelligence artificielle, et le big data devraient jouer un rôle plus important. Les efforts sur l’amélioration de l’ergonomie, la simplicité d’usage, et les modèles économiques seront d’autant plus importants cette année à l’aune d’un déploiement qui verra surement des solutions leaders émerger par type d’activités. De ce fait, l’investissement sur la validation scientifique des solutions devra aussi faire partie des actions à mener par les start-ups.

Les usagers et patients devront quant à eux faire entendre leur voix pour vérifier qu’il soit réellement possible en pratique d’accéder à des services de télémédecine de qualité pour l’ensemble de la population.

 

La mise en oeuvre de ces stratégies devrait être accompagnée d’une évaluation plus avancée des pratiques de télémédecine dans une logique de recherche sur les services de santé pour évaluer l’impact des innovations organisationnelles sur les patients et le système de santé. L’utilisation des données de vie réelle générées par les solutions de télémédecine, et des données médico-administratives du Système National des Données de Santé (SNDS) pourrait de ce fait être encouragée de la part des pouvoirs publics et via des partenariats publics privés. Les premiers résultats issus de ce type de recherche en France devraient être publiés cette année avec les résultats des études menées par Sanofi sur la télésurveillance du diabète, d’AirLiquide (par rachat d’Alere) sur la télésurveillance de l’insuffisance cardiaque (études PIMPS et OSICAT), et de plusieurs études financées par l’ARS Ile-de-France ainsi que les évaluations du programme DOMOPLAIES. En parallèle, plusieurs projets de recherche financés en 2016 et 2017 sur fonds publics (PRME, PREPS) débuteront ou se déploieront en Nouvelle Aquitaine (téléconsultation en EHPAD), Occitanie (télé-expertise bucco-dentaire en EHPAD), en PACA (télé-expertise médicamenteuse en EHPAD), et Auvergne-Rhône-Alpes (télésurveillance des patients avec insuffisance rénale chronique sévère et transplantés rénaux).

 

Télémédecine 360 sera présent aux côtés de chacun des acteurs pour poursuivre sa mission et continuer à supporter le déploiement de la télémédecine pour améliorer la prise en charge des patients au quotidien.